Une nouvelle « révolution parallèle » contre la corruption
La culture de la corruption au Yémen pourrait changer alors que des manifestations et des grèves unissent la population à travers le pays.
Alors que l’anniversaire de la révolution se rapproche, une nouvelle « révolution parallèle » contre la corruption émerge au Yémen. Au cours des deux dernières semaines, des grèves se sont répandues à travers le pays et s’avèrent efficaces, amenant l’espoir que le soulèvement yéménite de 2011 puisse réellement apporter du changement le plus pauvre pays du Monde Arabe. Les slogans ‘Irhal, Irhal’ – « Dégage, dégage », sont maintenant destinées aux personnes corrompues de l’autorité à travers le pays.
Contrairement aux autres révolutions arabes, surtout celles en Libye et en Syrie, la révolution yéménite n’était pas celle des oppressés politiquement mais celle des oppressés économiquement. L’étendue atmosphérique des niveaux de corruption peut être vue dans les endroits où les manifestations et grèves ont commencé. L’une des premières grèves fut démarrée par les employés de Yemenia Airways : la compagnie aérienne, pratiquement en faillite, a été détruite par la corruption. Les vols ont été suspendus dans les principaux aéroports du Yémen, et après deux jours, le nouveau gouvernement a finalement limogé le directeur, un gendre du président Saleh.
C’est là que les vannes ont lâché. Soldats, agents de la circulation, fonctionnaires et officiers de police ont tous commencé à protester. Ils n’ont pas autorisé leurs dirigeants corrompus à entrer dans les bureaux, et plusieurs d’entre eux, pas habitués à une telle insubordination, ont fui.
La plus importante des manifestations, et peut-être qui indique que la base du pouvoir de Saleh se fragilise sérieusement, est celle du Yemeni Armed Forces Military Guidance Office, le Bureau d’Orientation Militaire des Forces Armées Yéménites, les éditeurs du plus influent journal de l’armée. Les soldats ont demandé que leur chef, le général Ali Hassan al-Shater, conseiller et allié clé de Saleh, mais aussi connu pour être corrompu, soit démis de ses fonctions. Certaines rumeurs font également état du fait qu’al-Shater gardait une prison personnelle pour punir les officiers et les soldats. Les protestataires ont réussi à s’emparer du journal 26 September, et ont publié un éditorial accablant et critiquant al-Shater. Le Ministre de la Défense a depuis annoncé que le général serait remplacé. Ceci est un évènement très important qui en inspire d’autres à travers le pays, montrant ainsi que plus personne n’est intouchable.
L’entourage de Saleh prend peur avec ses grèves qui menacent leur pouvoir militaire plus que les dix mois de manifestations l’ont fait. Ahmed Ali Saleh, le fils du président et commandant de l’unité d’élite de la Garde Républicaine, aurait averti ses troupes que des manifestations internes ne seraient pas tolérées. Un officiel yéménite a déclaré à Associated Press que Ahmed Saleh aurait menacé ses soldats, « Nous ne permettrons pas la répétition ici », leur aurait-il dit, « La force sera notre façon de traiter avec toute forme de contestation ». En réalité, il semblerait que Ahmed ne soit pas en bonne posture, et que son autorité s’effrite lentement.
Ces manifestations et grèves viennent à un point où le forces révolutionnaires, particulièrement les jeunes indépendants, tentent de renouveler leur pouvoir sur la révolution. La « Marche de Vie » de 250 km depuis Taiz jusque Sanaa est un exemple de ce renouveau. La marche était une manifestation organique, sous la direction des jeunes, non pas un stratagème utilisé par le Forum Commun de l’opposition, tel que l’a affirmé le CPG, le parti de Saleh.
Les jeunes indépendants eux-mêmes, dont un grand nombre sont des étudiants, ont pris part aux récentes manifestations. Ayant récemment repris les cours après bientôt une année d’arrêt, plusieurs étudiants ont pris l’initiative de protester contre certains maitres de conférence « corrompus ». La plus célèbre de ces manifestations fut celle de l’Université de Sanaa où les étudiants ont réclamé le départ du Dr Muhammed al-Iryani, un Professeur de Business. Il était connu par sa particulièrement sévère notation, entrainant l’échec d’un grand nombre de ses élèves. Réunis dans l’amphithéâtre, les étudiants ont scandé face à un Iryani perplexe « Pas d’Iryani après aujourd’hui ! »
Ce nouveau mouvement de contestation en a surpris beaucoup, alors que certains analystes prévoyaient que la prochaine étape au Yémen serait une guerre civile. Cela pourrait toujours se produire, mais l’hypothèse semble s’éloigner de plus en plus. Les grèves ont unifié les Yéménites, alors que la corruption est citée comme le principal problème du pays par des gens qui étaient à la fois pour et contre la révolution.
Il était également peu probable que des gens ayant protesté durant si longtemps contre la dictature retourneraient subitement au travail en acceptant leurs propres « mini-dictateurs ». Ceux-là étaient connus pour voler d’importantes sommes d’argent public, menacer leurs subordonnés, et de façon générale, ils se considéraient comme étant au-dessus des lois. Ceux ayant des liens avec Saleh ne sont plus protégés par celui-ci. Avec le nouvel esprit de « changement » qui bouleverse le Yémen, il semble que les anciennes façons de faire soient terminées. Changer la culture de la corruption prendra longtemps, mais il est évident que le processus a commencé.
Abubakr Al-Shamahi,
Journaliste freelance yéméni-britannique et Rédacteur en Chef de Comment Middle East, une plate-forme pour que des jeunes puissent écrire sur la région.
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