
Alors que le mouvement de contestation fait rage depuis plus de trois maintenant au Yémen, le JMP, la principale coalition d’opposition, a lancé aujourd’hui un ultimatum au président Ali Abdallah Saleh, au pouvoir depuis plus de 32 ans.
L’opposition a annoncé qu’elle donnait 48h au président pour signer la dernière proposition de transition, réalisée par le Conseil de Coopération du Golfe (CCG) ou ils soutiendraient totalement les demandes des manifestants.
Formulée le 21 avril dernier, l’initiative du CCG prévoyait la démission du président Saleh après 30 jours, en échange d’une immunité complète pour lui et son entourage, et l’organisation d’élections dans un délai de deux mois après sa démission. Alors que le Congrès Général populaire (le CPG, le parti au pouvoir) et l’opposition avait accepté cette offre, Saleh avait tenté d’ajouter plusieurs nouveaux éléments au plan, avant de finalement refusé de signer la semaine dernière.
Selon des nouvelles négociations avec le CCG, une nouvelle initiative devrait être formulée selon laquelle ce n’est plus que le président lui-même qui signerait mais les membres de son parti. L’opposition refuse cet énième changement d’avis et indique qu’ils ont tout fait pour accepter les conditions préalablement demandées et qu’il serait temps que Saleh montre son sérieux et une réelle volonté de résoudre la crise.
Le JMP demande donc que Saleh signe l’initiative du CCG sur laquelle ils s’étaient accordés dans les deux prochains jours, ou le processus politique prendra fin. En effet, en soutenant les jeunes, cela signifie le refus catégorie d’une quelconque immunité et l’exigence du départ immédiat du président. Le président actuel du JMP, Yasin No’man a d’ailleurs précisé que « de nouveaux changements ne seraient profitables qu’à une seule des parties. » L’opposition demande également aux pays « amis et frères » du Golfe d’arrêter de soutenir le régime de Saleh et de stopper tout versement financier.
Cela intervient à un moment critique de la situation, où de plus en plus d’appels pour marcher sur le palais présidentiel sont lancés parmi les manifestants, ce qui pourrait entrainer une nouvelle flambée de violence. Le JMP, par cet ultimatum, tente donc avec cette ultime tentative, de trouver une solution politique à la crise avant d’abandonner tout espoir. L’évolution de la situation en cas de refus de Saleh de répondre positivement à cet ultimatum serait plus qu’incertaine et ne présagerait rien de bon.
Et tandis que les discussions politiques semblent arriver dans une impasse, la violence continue dans le reste du pays. Hier, deux manifestants avaient tués à Taiz par les forces de sécurité alors qu’ils demandaient que leurs examens soient repoussés, puisque les universités sont fermées depuis le début de la révolution. Aujourd’hui, une marche avait été organisée à Taiz une nouvelle fois, par des professeurs, rejoints par des étudiants. Les enseignants réclamaient le versement de leurs salaires, suspendus depuis un moment, en manifestant devant une annexe du Ministère de l’Education.
En fin d’après-midi, les professeurs ont quitté la place, mais les étudiants ont décidé d’organiser un sit-in devant le bâtiment officiel. C’est alors que les forces de sécurité les ont attaqués. Deux professeurs toujours présents ont été tués par balles – vraisemblablement par des tirs de snipers selon les témoins – tandis que deux autres ont été gravement blessés. En fin de soirée, des milliers de personnes sont descendues manifester dans les rues de la ville pour condamner cette nouvelle attaque.
Enfin, à Zayidiya, dans la province d’Hodeidah, un manifestant a également été tué par balles par les forces de sécurité, ce qui fait monter le bilan total depuis le début de la révolution mi-février à plus de 150 morts.
Benjamin Wiacek




une analyse très intéressante, et bien que je ne crois pas que l’initiative réussirait à résoudre le problème en cours, mais disons juste espérer pour le mieux!